
Intelligence artificielle et éducation : que vont devenir les jeunes qui grandissent avec l’IA ?
L’intelligence artificielle est déjà dans le quotidien des jeunes dans l’éducation : devoirs, révisions, exposés, orientation. Des outils comme ChatGPT répondent à presque toutes les questions en quelques secondes. Face à cette révolution, une question revient partout : que vont devenir les élèves qui grandissent avec l’IA ?
Allons-nous vers une génération brillante, augmentée par l’IA, ou au contraire vers des cerveaux « assistés » qui ne savent plus réfléchir sans écran ? Et surtout, que vaudront encore les diplômes si les modèles d’IA réussissent déjà les examens mieux que la majorité des étudiants ?
Impact de l’IA sur le cerveau des jeunes : ce que disent les études
Depuis 2023, les chercheurs se penchent sérieusement sur l’effet de l’IA générative sur le cerveau et les capacités d’apprentissage. Plusieurs études récentes montrent que l’impact dépend énormément de la façon dont les jeunes utilisent ces outils.
D’un côté, l’IA peut aider à mieux comprendre un cours, générer des exemples, résumer un chapitre compliqué. De l’autre, utilisée comme raccourci permanent, elle peut encourager la paresse cognitive : on ne lit plus, on copie-colle.
L’étude du MIT : quand on délègue tout à l’IA
En 2025, une équipe du MIT Media Lab a mené une étude marquante sur l’usage de ChatGPT pour rédiger des essais. Les étudiants étaient répartis en trois groupes : ceux qui écrivaient sans outil, ceux qui utilisaient un moteur de recherche, et ceux qui s’appuyaient presque entièrement sur l’IA générative.
Résultat : le groupe « ChatGPT » présentait une activité cérébrale nettement plus faible, notamment dans les zones liées à la mémoire et à la créativité. Leurs textes étaient corrects, mais plus homogènes, moins originaux, et les étudiants se souvenaient très peu de ce qu’ils avaient écrit.
Sur plusieurs mois, les chercheurs ont observé une forme de « dette cognitive » : plus les étudiants déléguaient à l’IA, moins ils mobilisaient leurs propres capacités de raisonnement. À l’inverse, ceux qui écrivaient sans aide avaient un cerveau plus engagé et une meilleure rétention des connaissances.
Quand l’IA est utilisée comme outil, les résultats changent
Attention cependant : ces résultats ne signifient pas que l’IA « détruit le cerveau ». D’autres travaux, notamment des méta-analyses sur l’usage de ChatGPT en éducation, montrent qu’utilisée comme tuteur, l’IA peut améliorer les résultats, la motivation et même certaines compétences de pensée critique.
Les élèves qui demandent à l’IA d’expliquer un concept, de proposer des exercices, ou de corriger un texte tout en restant actifs dans la tâche progressent souvent plus vite. L’intelligence artificielle devient alors un coach, pas un remplaçant.
Le vrai enjeu n’est donc pas « IA ou pas IA », mais comment les jeunes l’utilisent : comme béquille ou comme levier d’apprentissage.
Si l’IA réussit les examens, que valent encore les diplômes ?
Autre sujet d’angoisse pour les parents et les enseignants : si ChatGPT et les modèles comme GPT-4 ou GPT-5 réussissent déjà mieux que la moyenne à de nombreux examens, que valent encore nos diplômes ?
Les études se multiplient : des chercheurs ont montré que GPT-4 obtenait des scores proches ou supérieurs au seuil de réussite sur des examens médicaux comme l’USMLE, ou encore sur des tests de type barreau ou GRE. Certains modèles surpassent même des étudiants en médecine sur des QCM complexes.
En 2023, un professeur de la Wharton School (Université de Pennsylvanie) a fait passer son examen de MBA à ChatGPT. Résultat : l’IA a obtenu une note équivalente à un B, soit le niveau d’un étudiant correct, parfois au-dessus de la moyenne de la classe.
Autrement dit, sur le plan purement académique, les grandes IA sont déjà capables de majorer une bonne partie des épreuves, du moins dans les matières théoriques et écrites. Ce phénomène ne touche pas que les États-Unis : en France aussi, les écoles et universités constatent une hausse des fraudes liées à l’IA et repensent leurs modes d’évaluation.
Mais attention à ne pas tomber dans le piège : si une IA peut réussir un examen sur table, cela ne veut pas dire qu’elle peut remplacer un professionnel sur le terrain. Un diplôme, ce n’est pas seulement un score à un QCM, c’est aussi des compétences humaines, de la responsabilité et de l’expérience.
Faut-il changer les méthodes d’évaluation à l’école ?
Une chose est sûre : continuer à baser toute l’évaluation sur l’écrit individuel, en surveillant simplement mieux les élèves, n’est pas une stratégie d’avenir. À l’ère de l’Intelligence Artificielle générative, il devient urgent pour l’éducation de repenser les examens.
Plusieurs pistes émergent déjà dans les réflexions pédagogiques :
Moins de par cœur, plus de raisonnement
Plutôt que de sanctionner à tout prix l’usage de ChatGPT, de plus en plus de pédagogues proposent d’accepter l’IA comme un outil, mais de tester autre chose que la simple restitution de connaissances.
On peut par exemple évaluer la capacité à analyser une réponse produite par l’IA, à identifier ses erreurs, ses biais, à argumenter pour ou contre. L’examen ne mesure plus seulement ce que l’élève sait « par cœur », mais sa capacité de jugement.
Davantage d’oral, de projet et de collaboration
Les compétences les plus recherchées demain seront la communication, la créativité, la résolution de problèmes en équipe. Ce sont des domaines où l’IA peut aider, mais ne peut pas remplacer totalement l’humain.
On peut donc renforcer les oraux, les projets en groupe, les dossiers longs où l’élève doit expliquer sa démarche, justifier ses choix, présenter un résultat en public. L’IA peut intervenir, mais l’enseignant évalue surtout le raisonnement et la posture de l’élève.
Apprendre à travailler avec l’IA, pas contre elle
Pour les jeunes, savoir utiliser l’intelligence artificielle fera partie des compétences de base sur le marché du travail, au même titre que l’anglais ou le numérique. L’objectif de l’école devrait donc être de former à un usage responsable de l’IA.
Cela implique d’enseigner la création de bons prompts, la vérification des sources, le croisement des informations et la conscience des risques (dépendance, erreurs factuelles, biais). Ce sont exactement les compétences que nous développons dans nos formations en entreprise chez Le Renard IA, et qui pourraient être adaptées au monde scolaire.
Quel rôle pour les parents, les enseignants et les entreprises ?
Les parents ont un rôle clé dans l’éducation: discuter avec leurs enfants de l’usage de l’Intelligence Artificielle, poser un cadre, encourager l’effort personnel plutôt que la solution facile. L’idée n’est pas d’interdire ChatGPT, mais de rappeler qu’il s’agit d’un outil, pas d’un substitut au cerveau.
Les enseignants, eux, ont besoin de formation pour comprendre ce que fait réellement l’IA générative, ce qu’elle sait faire… et ce qu’elle fait mal. Sans cela, difficile de définir des règles claires, d’expliquer aux élèves ce qui est acceptable ou non, et de concevoir de nouveaux types d’évaluations.
Conclusion : une génération à éduquer… avec l’IA
Les jeunes qui grandissent avec l’intelligence artificielle ne sont pas condamnés à avoir « le cerveau ramolli ». Mais si nous laissons l’IA faire tout le travail à leur place, nous prenons effectivement le risque d’une atrophie des compétences de réflexion, comme le suggèrent les études récentes.
La solution ne viendra ni d’une interdiction totale, ni d’un laisser-faire naïf. Elle passera par un nouvel équilibre : accepter que l’IA soit partout, mais apprendre aux élèves à l’utiliser comme un partenaire de pensée, et non comme une prothèse intellectuelle permanente.
Chez Le Renard IA, nous sommes convaincus qu’avec les bons réflexes, l’IA peut devenir un formidable accélérateur d’apprentissage et un levier pour mieux préparer les jeunes aux métiers de demain.